Avec l'annonce récente selon laquelle six Länder allemands pourront utiliser Nextcloud comme espace numérique scolaire, nous voyons une fois de plus comment les logiciels libres, les appels d'offres publics et les solutions infonuagiques commerciales peuvent s'unir pour rendre les infrastructures numériques accessibles à grande échelle.
5 novembre 2026 | Association Linux du Canada
Les classes numériques font partie du quotidien scolaire depuis plusieurs décennies. Que ce soit pour remettre des devoirs, distribuer du matériel pédagogique ou simplement permettre aux élèves de modifier des documents à la maison ou en déplacement, la technologie occupe maintenant une place importante dans l'éducation.
Mais une question revient toujours : qui fournira l'infrastructure numérique utilisée dans les classes de nos enfants?
Eh bien, il semble que l'Allemagne souhaite élargir les possibilités.
Le 3 novembre 2026, le fournisseur infonuagique allemand IONOS et le développeur de logiciels libres Nextcloud ont annoncé un partenariat visant à offrir une solution infonuagique aux écoles de six Länder allemands.
Cette initiative permettra non seulement aux écoles d'utiliser une solution infonuagique commerciale comme solution de rechange aux suites collaboratives existantes, mais elle démontre également que les logiciels libres peuvent concurrencer les solutions propriétaires et remporter des appels d'offres publics.
L'Allemagne utilisera Nextcloud dans six Länder
Les Länder concernés sont Berlin, Brême, Hambourg, la Hesse, la Rhénanie-du-Nord–Westphalie et la Rhénanie-Palatinat. Les écoles de ces régions pourront ainsi profiter de cette solution libre.
Le projet KoDaS est offert par l'intermédiaire de govdigital eG, au nom des six Länder participants, qui souhaitent donner à leurs écoles la possibilité d'utiliser un espace numérique commun pour les élèves et le personnel enseignant.
IONOS assumera le rôle de fournisseur principal de cette solution. L'entreprise sera responsable de l'infrastructure et des services de migration vers ce nouvel espace numérique, tandis que Nextcloud fournira les logiciels libres qui le font fonctionner.
La valeur de l'entente pourrait atteindre 67,5 millions d'euros sur quatre ans. Ce montant représente toutefois le plafond maximal prévu dans l'appel d'offres, et non une dépense garantie.
Les écoles et les autres organismes publics participants pourront utiliser le service, et les coûts dépendront du nombre d'utilisateurs actifs.
Cinq niveaux de service seront proposés, allant de 50 000 utilisateurs ou moins à plus de 500 000 utilisateurs.
D'autres Länder pourraient se joindre à l'entente à l'avenir.
Ce type de solution permet aux Länder d'avoir accès au service sans être obligés de l'adopter immédiatement.
À quels outils les élèves auront-ils accès?
Les écoles utiliseront IONOS Nextcloud Workspace, qui permettra aux élèves et au personnel enseignant d'accéder à leurs fichiers et de collaborer.
La suite comprend également des outils bureautiques et d'autres applications collaboratives. Les élèves et les enseignants pourront ainsi modifier des documents et communiquer entre eux.
Les enseignants pourront utiliser cet espace pour distribuer des devoirs et collaborer avec leurs collègues. Les élèves pourront travailler ensemble sur des projets et découvrir les logiciels libres.
Il ne s'agit pas de leur fournir des logiciels libres simplement parce qu'ils sont libres. Il s'agit de leur offrir des outils qui peuvent leur faciliter la vie au quotidien.
Cela peut représenter un défi pour les écoles, puisqu'elles ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour exploiter elles-mêmes un service infonuagique.
En combinant IONOS et Nextcloud, nous obtenons le meilleur des deux mondes : des logiciels libres soutenus par un fournisseur infonuagique commercial.
Toute l'infrastructure sera exploitée sur le territoire allemand et les entreprises affirment utiliser uniquement des technologies libres, sans dépendre de fournisseurs infonuagiques non européens.
Les écoles auront donc accès à une solution infonuagique sans devoir se préoccuper elles-mêmes de l'exploitation de l'infrastructure sous-jacente.
Pourquoi ne pas simplement laisser les écoles exploiter Nextcloud?
On entend souvent dire que, pour utiliser des logiciels libres, il faut gérer sa propre infrastructure. Pour certaines écoles, cette perspective peut sembler intimidante.
Bien sûr, une école peut installer Nextcloud sur ses propres serveurs. Mais il y a de fortes chances qu'elle ne dispose pas du personnel ou des ressources nécessaires pour entretenir le système.
Grâce au partenariat avec IONOS, Nextcloud pourra être offert comme un service infonuagique géré, ce qui enlève une grande partie de cette responsabilité aux écoles.
Nous avons déjà vu des entreprises adopter ce modèle par le passé, en fournissant Linux et d'autres services libres aux entreprises et aux établissements scolaires.
En unissant leurs forces, Nextcloud et IONOS pourraient encourager davantage d'écoles à adopter les logiciels libres dans leurs classes.
Bien plus que des logiciels libres
Bien entendu, cette histoire ne se limite pas à l'utilisation de logiciels libres en classe.
En examinant les exigences de l'appel d'offres, nous constatons que les logiciels devaient être distribués sous une licence approuvée par l'Open Source Initiative (OSI).
Des mesures ont également été prévues pour favoriser la disponibilité des logiciels à long terme et éviter que les écoles deviennent dépendantes d'un seul fournisseur technologique.
C'est une bonne chose. Nous ne voulons pas que les écoles soient prisonnières d'un fournisseur lorsqu'il existe d'autres possibilités.
Les écoles n'ont pas toujours les moyens financiers de changer de fournisseur si une solution ne répond plus à leurs besoins. En ayant accès au code source des logiciels, elles disposent d'une plus grande flexibilité et dépendent moins d'une seule entreprise.
Bien sûr, il faut toujours tenir compte des fichiers, des données et de la compatibilité des systèmes lorsqu'on change de fournisseur. Mais au moins, on peut avoir une certaine tranquillité d'esprit supplémentaire en sachant que les logiciels sont libres.
L'appel d'offres imposait également certaines qualifications aux fournisseurs, notamment des certifications de sécurité et de l'expérience dans les environnements multilocataires.
Nous ne parlons donc pas seulement d'introduire des logiciels libres dans les classes, mais aussi de maintenir des normes élevées pour les entreprises qui fournissent ces services.
Des économies possibles?
Lorsqu'on examine le coût des logiciels pour les écoles, on pense souvent uniquement au montant payé chaque année.
Mais l'exploitation d'un espace numérique scolaire implique beaucoup plus que le prix des logiciels. Il faut notamment prévoir l'implantation de la solution, la gestion des identités, la protection contre les cyberattaques, l'accessibilité et le soutien technique aux élèves.
Ce n'est pas parce qu'un logiciel est gratuit qu'il ne coûte rien à exploiter. À l'inverse, payer un abonnement ne signifie pas nécessairement qu'une solution coûtera davantage au total.
En regroupant plusieurs Länder dans une même entente, il pourrait être possible de réduire les coûts grâce à des achats regroupés et à des services d'infrastructure partagés.
Encore une fois, il faudra attendre pour voir combien les Länder allemands économiseront réellement en utilisant Nextcloud. Il existe certainement un potentiel d'économies, mais les résultats dépendront de l'implantation, de l'adoption et des dépenses d'exploitation.
À tout le moins, cette entente démontre que les institutions publiques sont prêtes à investir dans des entreprises qui bâtissent leurs activités autour des logiciels libres.
Et cela ne peut que contribuer à renforcer l'industrie du logiciel libre.
Développer une culture du logiciel libre chez les élèves
Un autre aspect intéressant de cette initiative est que les élèves auront l'occasion de découvrir les logiciels libres.
Nous apprenons toujours à nos enfants à utiliser la technologie. Mais leur montrons-nous qu'il existe d'autres possibilités?
En donnant aux élèves accès à différents types de logiciels, nous pouvons leur faire découvrir un univers technologique plus vaste que celui auquel ils sont habitués.
Ils peuvent apprendre à connaître différents formats de fichiers, comprendre la portabilité des données et découvrir comment protéger leurs renseignements personnels en ligne, tout en utilisant des logiciels libres.
L'annonce de Nextcloud souligne justement cette possibilité éducative. Comme l'a expliqué Frank Karlitschek, PDG de Nextcloud, les écoles devraient enseigner des compétences numériques plutôt que de rendre les élèves dépendants d'un seul fournisseur technologique.
Nous n'avons pas besoin de cesser d'utiliser des logiciels propriétaires dans nos écoles. Mais en introduisant les logiciels libres, nous pouvons ouvrir les yeux des élèves sur les différentes possibilités qui existent.
Peut-être apprendront-ils à utiliser différents systèmes d'exploitation et différentes suites bureautiques, tout en comprenant pourquoi certains logiciels conviennent mieux que d'autres à certaines tâches.
Qu'en est-il des renseignements des élèves?
La protection des renseignements des élèves constitue une autre préoccupation importante.
Lorsque les élèves utilisent des espaces numériques pour remettre leurs devoirs et apprendre ensemble, nous devons nous assurer que leurs renseignements sont protégés.
Puisque les Länder allemands utiliseront IONOS comme fournisseur infonuagique, l'infrastructure sera hébergée dans des centres de données situés en Allemagne, selon l'annonce des entreprises.
Cela devrait atténuer certaines préoccupations concernant l'endroit où les renseignements des élèves sont stockés. Toutefois, l'emplacement des données ne garantit pas à lui seul leur confidentialité ou leur sécurité.
Il faut toujours tenir compte de plusieurs éléments lorsqu'il est question des élèves et d'Internet, notamment des personnes qui peuvent accéder à leurs renseignements, des mesures de protection mises en place et de la façon dont les incidents de sécurité sont gérés.
Nous devrons attendre de voir comment les choses évolueront lorsque les écoles commenceront à utiliser la plateforme Nextcloud.
Quelles répercussions pour le Canada?
Avec des écoles réparties dans plusieurs provinces et territoires, nous ne pourrons peut-être pas reproduire exactement ce modèle au Canada.
Mais nous pouvons certainement nous inspirer de la façon dont l'Allemagne a organisé ce service.
Il existe de nombreuses solutions qui pourraient être implantées dans les écoles canadiennes, et certaines sont déjà utilisées aujourd'hui.
Nous pourrions commencer par examiner les services que différentes entreprises sont capables d'offrir aux établissements scolaires.
Que ce soit par l'intermédiaire d'une entreprise canadienne ou d'un autre fournisseur de solutions libres, il existe plusieurs façons d'introduire davantage de logiciels libres dans nos classes.
Non seulement cela pourrait offrir des solutions plus abordables aux écoles, mais cela permettrait également aux élèves d'en apprendre davantage sur les logiciels libres.
Et cela pourrait créer des possibilités d'emploi pour les Canadiens.
Comme nous l'avons déjà mentionné, les élèves auraient l'occasion de découvrir les logiciels libres et de se familiariser avec des technologies largement utilisées dans l'industrie informatique.
Cela pourrait leur ouvrir la porte à davantage de carrières en technologies de l'information, un domaine dans lequel l'Association Linux du Canada peut contribuer grâce à ses initiatives d'éducation, de formation et de développement communautaire.
Réflexions finales
Ce n'est que le début de cette aventure pour l'Allemagne et Nextcloud. Nous devrons attendre de voir comment cette initiative évoluera dans les Länder participants.
Les écoles continueront-elles à utiliser Nextcloud dans leurs classes ou finiront-elles par trouver une autre solution mieux adaptée à leurs besoins?
Quoi qu'il en soit, cette initiative nous donne un autre exemple de la façon dont les logiciels libres peuvent faire partie de l'éducation au quotidien.
Elle démontre également comment les fournisseurs infonuagiques commerciaux et les développeurs de logiciels libres peuvent travailler ensemble pour offrir davantage de choix aux écoles, sans les obliger à exploiter elles-mêmes des infrastructures complexes.
À mesure que d'autres établissements scolaires exploreront ces possibilités, nous pourrions voir les logiciels libres devenir de plus en plus présents dans les classes partout dans le monde.
Cela pourrait permettre aux élèves de développer davantage leurs compétences numériques et leur donner les outils nécessaires pour réussir.
Il existe de nombreuses façons d'améliorer nos classes. L'une d'elles consiste à utiliser des logiciels libres.
Sources
- Nextcloud — Six German States Gain Access to Sovereign Collaboration for Schools
- IONOS Group — IONOS baut länderübergreifende Schul-Cloud für sechs Bundesländer
- Reuters — IONOS Wins Contract to Build Sovereign School Cloud Platform for Six German States
- It's FOSS — Schools in Six German States Can Now Opt for a Nextcloud-Based Open Source Cloud Solution



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